 Les filles ont pris de l’assurance, les contacts avec les équipes sont plus faciles : tout le monde a appris à se connaître, à se respecter, essayent de se comprendre….., du moins en général….. et j’apprécie toujours tout autant de partager leurs émotions et participer autant que faire se peut à leur pratique de sage-femme…..
Durant votre stage, vous aurez l’opportunité de vous former à la pratique de votre art de sage femme au sein de services de maternité établis soit dans des postes de santé, des Centre de Santé ou des centres hospitaliers de référence.
La pratique de consultations prénatales, de surveillances de travail, accouchements et suites de couches sera quotidienne et se fera sous la responsabilité de sage femmes chevronnées et/ou parfois de gynécologues référents.
Je vous invite à lire le témoignage suivant. Son auteur a écrit l’indicible.
« Quelques nouvelles sénégalaises……
Cela fait déjà plus d’une semaine que nous avons atterri à Dakar …. Et déjà que d’aventures à raconter !!!! Un vécu difficile à plusieurs points de vue mais une excellente ambiance dans le groupe et un soutien mutuel précieux !!!
Récit de notre première semaine
Après une très longue escale à Casablanca (4h + 1h30 de retard !) et la traditionnelle chasse aux bagages, nous sommes donc arrivées en pleine nuit à Dakar…. Françoise Lion et Emmanuel (responsable de l'agence de voyage (ndlr)) bien sûr, étaient là pour nous accueillir et nous installer dans la maison de Mamadou, pleine à craquer car hébergement en sus, de 3 autres stagiaires Taxibrousse asbl... dont le logement de départ laissait quelque peu à désirer !!!!
Nous sommes donc 24 à partager cette expérience: 10 ISEI – 8 IESCA – 3 institutrices maternelles de Liège et 3 « encadrantes ». On se serre, on se regroupe….. et finalement tout le monde trouve sa place!
Mamadou et Seynabou sont aux petits soins pour nous et leurs enfants nous accueillent d’un grand sourire à chaque retour, prêtant même leur chambre pour améliorer notre confort. C’est la Teraanga Sénégalaise... dont nous devrions nous inspirer !!!
Le thermomètre avoisine les 35°c et le taux d’humidité est très élevé; on « colle » et quelques +/- agréables bestioles en tous genres (crapauds, cafards géants, moustiques …..) envahissent la maison et les salles d’accouchements.
/../
Le tour de ville et des terrains de stage, samedi dernier, en avait impressionné plus d’une, tant l’équipement est rudimentaire, tant l’hygiène laisse à désirer, tant les comportements sont déroutants : patients ou accompagnants couchés à même le sol, personnel soignant en grand nombre, mais très « relax » !!!!!, avec en plus la difficulté de savoir qui est qui, qui fait quoi, quand ???? et comment !!!!
L’accueil était courtois, parfois un peu protocolaire !
Mais dès le lendemain, c’est la réalité des stages qui nous rattrapent : alternance de gardes (12h) de jour et de nuit et nous les encadrantes, nous nous partageons les terrains et les équipes de binômes.
Difficile de décrire ce que l’on voit, ce que l’on vit : la violence dans les propos, la violence dans les soins : les médecins, comme les sage-femmes, du moins certains, crient, claquent, frappent les mamans comme les bébés.
Difficile d’accepter le manque de prise en compte de la souffrance, les « logiques abérantes » basées sur des « conditionnements » où se mêlent traditions et principes généralement transposés sans grande analyse : en creusant bien, il y a souvent un petit quelque chose qui justifie ces pratiques, mais qu’en fait-on après !!!!!
Autre monde, autre culture, autres pratiques…me direz-vous, mais c’est quand même très dur!
La corruption est à tous les niveaux, « racket » des mamans et des familles, refus de soins pour des questions d’argent ou pour ne pas être dérangés.
Pour nous, bien sûr, sollicitations! Dans certains services, on nous tolère rien que pour le matériel apporté. Et cela ne sert pas toujours aux patientes; mais il faut l’accepter car ils manquent de tout ! Parfois aussi, ils ont… mais qu’en font-ils ???? C’est plus dur encore car on se sent tout à fait démunies.
Avec certaines équipes, le climat n’est pas vraiment à la collaboration : on nous examine, on nous teste, et parfois on se moque de nos pratiques. En wolof bien entendu ! Nous faisons l’expérience de « l’étranger », parfois même d’une certaine forme de racisme. Et cela nous interpelle car n’est-ce pas souvent pareil dans nos unités pour nos étudiants africains?
Une fois passée la première semaine d’acclimatation, une fois les premiers pleurs évacués, mais débriefés, discutés et oh combien riches d’enseignements, quel plaisir de déjeuner comme ce matin avec des étudiantes tristes que le stage se termine (l’ISEI, termine ses gardes dans 4 jours), contentes d’avoir vraiment pu apprendre leur métier : car si elles repartent chacune avec une vingtaine d’accouchements à leur actif et une dizaine de réa bébé, sans parler des épisios et sutures, des accouchements par le siège, de jumeaux, de préma… je peux vous dire qu’elles ont quelque chose dans les mains et dans la tête!
La plupart ont en outre, ici vraiment découvert la Clinique : sentir, palper, se représenter, anticiper autant que faire se peut ! Quelle expérience !!!! car on en voit des pathologies maternelles (gestion des éclampsies, infections…) et des malformations fœtales !
Mais aussi et surtout que de chouettes moments vécus quand ces tout-petits pointent le bout de leur nez comme une lettre à la poste, parfois même dans le couloir ou dans le taxi : avec quelle vigueur, ils font leur entrée dans la Vie !
Quelles leçons de courage nous donnent ces mamans, parfois très jeunes, gérant leurs souffrances avec un calme qui force l’admiration!
Quelle fierté aussi et quel plaisir de sentir contre soi ces bébés qui s’éveillent quand nos réas tournent bien …
Et quel réconfort lors de tous ces témoignages de reconnaissance des mamans parfois encore effrayée au début par la couleur de notre peau mais qui ont su apprécier nos massages, notre « humanité » /../
Cela c’est tout cadeau !!! Et il faudrait s’en priver ???
Sans oublier d’évoquer tous les super contacts individuels qu’il nous a été permis d’avoir avec plusieurs sage-femmes, avec plusieurs médecins qui vraiment aident nos étudiantes, allant parfois jusqu’à donner un cours de mécanique obstétricale, de sutures… Ils ont énormément à nous apprendre!
Quant à « gérer et organiser des activités » et « travailler en équipe », il faut les voir en binômes ou en trinômes, se répartir le matériel, se préparer les sets en fonction des situations d’urgences rencontrées la veille, se passer la main quand vraiment cela devient trop dur ou quand l’expertise de l’une compense le manque d’audace de l’autre, …… sans parler des palabres en matière de choix décisionnels : quand va-t-on réveiller la sage-femme ou le médecin ?????
Elles vous parleront des mises au point et des interrogations quant aux différentes structures de santé, aux comparaisons faites en matière d’accès aux soins,….des questionnements éthiques que plusieurs situations ont suscité…., de toute la réflexion menée autour de la notion de « respect » : respect des femmes, respect de l’Autre, respect d’elle-même….
Elles vous diront enfin tout le temps passé à rassembler du matériel, à expliquer leur projet…. Pour pouvoir ouvrir des portes ici, comme je l’ai dit, mais aussi et surtout permettre à un certain nombre de sénégalaises de béneficier de soins « sécures » lors de ce qui devrait être le plus beau moment de la vie d’une femme, celui de DONNER LA VIE !
|